Sera-t-il toujours possible d'avorter en 2025 ?

DROITS DES FEMMES
Sera-t-il toujours possible d'avorter en 2025 ? sur Qu'est-ce qu'on fait
Alors que les élections européennes s’approchent, et malgré le réveil des populismes sur le continent, la question d’une politique commune en matière d’avortement reste absente des débats.

En Pologne, le parti ultraconservateur Droit et Justice (PiS) a de nouveau tenté, en mars 2018, de restreindre l’avortement, alors même que c’est déjà l’un des pays les plus restrictifs du continent. Plus insidieux, il est de plus en plus dur de faire une IVG dans un pays comme la Hongrie, alors même que la loi n’a pas bougé. Dirigée par le national-conservateur Viktor Orbán, la nouvelle constitution de 2011 affirme : « depuis sa conception, la vie mérite d'être protégée comme un droit humain fondamental. » Même en Espagne, société pourtant très progressiste, le néo-parti d’extrême droite importe depuis peu dans le débat public cette question et propose de dé-rembourser cet acte médical.

Droit à l’avortement : dans la ligne de mire des populistes

« Je suis effarée par toutes ces régressions » partage Jacqueline Heinen, Professeure émérite de sociologie à l'Université Versailles-St-Quentin « les populistes s’attaquent à ce droit car cela coïncide avec une vision traditionnelle des rapports homme-femme ». Ce rétropédalage ne concerne pas que des mouvements qui virent très à droite ou se positionnent à l’extrême droite. En Italie, les entraves à l’avortement se multipliaient déjà bien avant l’élection de Matteo Salvini. 70% des gynécologues y usent de leur objection de conscience. « Dans le Latium, la région de Rome, cela grimpe jusqu’à 90% » reprend la sociologue. « C’est une chose que de passer une loi. Ç’en est une autre que de mettre en place les conditions concrètes pour qu’elle soit effective. »  À Malte, c’est criminel sans aucune exception, même en cas de viol, de danger pour la vie de la mère ou de malformation grave du fœtus. Dans ce petit archipel méditerranéen empreint de catholicisme, la pilule du lendemain n’est commercialisée que depuis décembre 2016. Sur le terrain, les femmes avec lesquelles nous avons échangé racontent s’exiler à Londres, quand elles en ont les moyens, ou vers la Sicile voisine, pour interrompre leur grossesse, parfois dans des conditions sanitaires et psychologiques déplorables.

« C’est une chose que de passer une loi. Ç’en est une autre que de mettre en place les conditions concrètes pour qu’elle soit effective. »

Vers un droit fondamental européen ?

Face à un tel patchwork législatif, poussant des femmes, de Pologne à Malte, sur les routes du « tourisme abortif », l’Union Européenne n’a-t-elle pas son mot à dire ? En 2017, des militantes ont lancé une pétition pour que cela devienne un droit fondamental européen. « Cela ne révolutionnerait pas les situations de fait partout, nuance Jacqueline Heinen. Mais ce droit donnerait des éléments à tous ceux qui y sont favorables pour se battre à ce qu'il soit appliqué. »

Quelques nouvelles positives égayent tout de même ces derniers mois. En Irlande, les IVG ont été légalisées au 1er janvier 2019. Là encore, Jacqueline Heinen tempère : « Sur 4000 médecins, seuls 253 se sont porté volontaires pour ce type d’interventions. Et parmi eux, 126 acceptent que leurs noms soient diffusés car cela reste très tabou. » En ce qui concerne la France, le délit d’entrave à l’IVG sur internet a été adopté en 2017. Les contrevenants s’exposent à deux années de prison et 30.000 euros d’amende. C’est un rempart à la résurgence de « pro-vies ». Pour combien de temps est-ce que cela sera suffisant ?

 

Laurène Daycard

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