Bio-carburant, le nouvel or vert ?

DÉCRYPTAGE
Bio-carburant, le nouvel or vert ? sur Qu'est-ce qu'on fait
Semaine de la mobilité impose (16-22 Septembre 2018), repensons nos modes de déplacements, et par la même, les énergies qui les alimentent. Les automobilistes l’auront certainement constaté, des carburants alternatifs aux énergies fossiles s'offrent désormais à eux dans les stations essence : ce sont les biocarburants. Ces derniers permettraient de réduire jusqu’à 60% les émissions de gaz à effet de serre. Plutôt séduisant, n’est-ce pas ? C’est sans compter la double controverse qui ternit leur étiquette verte : d’un côté, les conséquences du projet Total sur la destruction de forêts primaires en Malaisie, de l’autre, la concurrence agricole pour le secteur alimentaire...

Bio-quoi ?

Qu’on ne s’y méprenne pas, "bio-" c’est pour "biologique" ou encore "biomasse", autrement dit pour désigner des organismes biologiquement constitués comme le blé, le maïs ou encore la betterave, à partir desquels on obtient de l’éthanol après fermentation de leurs sucres, ensuite additionné aux carburants traditionnels.

En France, pour la production de bioéthanol, on cultive en proportions suivantes les plantes et les céréales ci-après (chiffres 2015) : 

Blé : 40,0%
Maïs : 27,1%
Betterave : 25,9%
Marcs et liers : 6,9%
(Source)

On retrouve ainsi du bio-éthanol à 5% dans la composition de Sans Plomb 95 et 98, à 10% dans le SP95-E10 et même à 85% dans le carburant E85. Pour rouler avec ce dernier, un boitier de conversion doit être installé dans les moteurs essence.

Boitier de conversion Flex fuel au super éthanol E85 pour les véhicules essence

L’or vert remplace l’or noir ?

Les bio-carburants révèlent de nombreux avantages écologiques, ne serait-ce que parce qu’ils réduisent considérablement les émissions de gaz à effet de serre et qu’à ce titre ils répondent aux objectifs du Paquet Energie Climat fixé par l’union européenne en 2009 ; ou encore parce qu’ils sont produits en France et destinés majoritairement à la consommation française. La France est le quatrième producteur mondial de bio-carburants d’après le Ministère de la Transition écologique et solidaire.

Plusieurs problèmes se posent néanmoins : pour cultiver les végétaux, matières premières des biocarburants, il faut utiliser des outils agricoles et des procédés industriels qui sont eux-mêmes polluants. Puis, bien que les cultures vouées à la production de biomasse n'occupent actuellement qu’1% des terres agricoles en France, cette alternative ne pourrait pas être généralisée à tous les véhicules, car elle rentrerait en concurrence avec la production agricole pour nos besoins alimentaires. Mais la vraie face sombre des biocarburants a été révélée avec le projet polémique de Total, autorisé à transformer sa raffinerie de la Mède, près de Marseille, en bio-raffinerie. Ce géant du pétrole compte importer 300 000 tonnes d’huile de palme en provenance de Malaisie pour produire du bio-diesel, entraînant une aggravation de la déforestation, sous couvert de produire une énergie alternative soit disant "verte"…

Un discours en demi-teinte

Pour Sébastien Le Pollès, président de Flex Fuel Energy Developement, l’entreprise leader dans les dispositifs automobiles de réduction de consommation énergétique et d’émission de particules polluantes, l’attitude de Total est abbérante certes, mais il ne faut pas pour autant nier le potentiel des bio-carburants, notamment du bio-éthanol produit à partir de sucre de betterave. Lors d’un entretien téléphonique, il nous confie qu’il n’y a pas de bonnes énergies. L’énergie électrique, tout comme l’hydrogène posent des problèmes de stockage, de transport et de distribution qui les rendent écologiquement reprochables à tout moment de leur cycle de vie. "Chaque utilisation d’un véhicule pose un problème écologique direct. (…) Le bio éthanol c’est exactement la même chose : il a ses avantages, il a ses inconvénients." 

L’alternative 100% verte n’existant donc pas (encore) en matière d’énergie, Sébastien Le Pollès ajoute que ce n’est ni l’objectif de son entreprise, ni celle du gouvernement que de convertir tous les véhicules aux énergies alternatives à l’énergie fossile, mais qu’il s’agit de trouver un équilibre parmi un panel de solutions énergétiques et surtout d’optimiser l’utilisation d’une énergie plutôt qu’une autre en fonction de la nature et de la durée du parcours.

  • On peut se rendre sur l’éco-comparateur de l’Ademe  qui calcule l’empreinte écologique de chaque trajet et nous propose son optimisation.
  • On peut suivre le conseil de conduite optimale de Sébastien Le Pollès : opter pour un véhicule hybride électrique/essence, augmenté par un boitier de conversion pour accueillir du bio-éthanol en complément de l’essence. Cela permettrait de rouler en électrique en ville, et en bio-carburant hors agglomération.
  • On lit notre infographie sur la mobilité, dans laquelle on conseille de se déplacer de manière intelligente et multimodale pour maintenir nos objectifs environnementaux et réduire notre empreinte écologique.
  • On signe la pétition contre le projet de bio-raffinerie de Total.
Anaëlle B
Tags : #énergies

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