La forêt amazonienne est-elle en danger ?

DÉCRYPTAGE
La forêt amazonienne est-elle en danger ? sur Qu'est-ce qu'on fait
Au Brésil, à quelques semaines de l'intronisation de Jair Bolsonaro au poste de chef de l'État, les environnementalistes sont sur le qui-vive. Construction de centrales hydroélectriques en Amazonie, relance de l’exploitation minière, retrait de l’Accord de Paris sur le climat… Élu le 28 octobre, le futur chef de l’État, Jair Bolsonaro a multiplié les prises de position anti-environnementale lors de sa campagne. La victoire de celui qui est surnommé « Trump tropical » soulève les inquiétudes des acteurs du secteur de l’environnement.

« Le déni du changement climatique, un courant puissant au Brésil, est vigoureusement appuyé par Bolsonaro », observe le biologiste américain Philip Fearnside, de l'Institut national de recherche en Amazonie (INPA). « C’est une catastrophe », résume Jérôme Chave, directeur de recherche au CNRS au laboratoire « évolution et diversité biologique » de l'Université Toulouse. Ce dernier rappelle que l’immense majorité - 62% - des quelques 6 millions de kilomètres carrés de la forêt amazonienne se trouve sur le territoire brésilien. « Les forêts tropicales représentent 60% des stocks de carbone sur la surface de la terre. À chaque fois que l’on détruit ces espaces, on envoie du carbone dans l’atmosphère, explique l’écologue. Si toute la forêt Amazonienne était rasée, les températures ne grimperaient pas seulement de un ou deux degrés, mais pourraient aller jusqu’à une hausse de 5 degrés. »

L’accroissement des terres cultivables et le défrichement au profit de l’élevage bovin sont les principales causes de la déforestation. Pendant la campagne, Jair Bolsorano avait promis de supprimer le ministère de l’environnement pour le faire fusionner avec celui de l’agriculture. Il est revenu sur ses paroles le 1er novembre au cours d’un entretien télévisé avec plusieurs chaînes catholiques.  « Il y avait une idée de fusion, mais il semble qu'elle sera modifiée. Tout porte à croire que ce seront deux ministères distincts », a-t-il affirmé. Quelques jours plus tard, il nommait à la tête du ministère de l’Agriculture Tereza Cristina da Costa, responsable du lobby de l'agrobusiness de la Chambre des députés, qui l’avait fortement soutenu pendant la course à la présidentielle. Le nom du futur ministre de l’Environnement n’est pas encore connu, mais il sera « dénué de partialité idéologique » a déjà prévenu Tereza Cristina da Costa.

« Comme Trump, il présente le changement climatique comme le fruit d’une conspiration étrangère »

« Certainement que le président élu ne mettra pas en œuvre tout ce qu’il a promis, mais il est évident que la protection de l’environnement n’est pas au centre de son agenda », constate Jérôme Chave. Puis d’anticiper : « Les effets ne seront peut-être pas tant directs, c’est-à-dire en termes de lois, mais plutôt indirects, par le fait de ralentir au possible la ratification de lois sur la biodiversité. » C’est déjà le cas au sujet du projet Triple A, pour l’instauration d’un corridor de parcs naturels et de réserves indiennes des Andes à l’océan Atlantique en passant par l’Amazonie. Le 25 octobre, le futur chef de l’État a indiqué : « Avec le triple A, "136 millions d'hectares ne seraient plus sous notre juridiction, mais sous la juridiction d'autres pays. » Il a ensuite conditionné son maintien au sein de l’Accord de Paris sur le climat : « Si on m'écrit noir sur blanc qu'il n'est pas question de triple A, pas plus que de l'indépendance d'une quelconque terre indienne. » Le biologiste Philip Fearnside estime : « Comme Trump, il présente le changement climatique comme le fruit d’une conspiration étrangère – pour empêcher le Brésil de se développer économiquement. »

« En quatre années de mandat, il peut se passer beaucoup de choses »

Autre point problématique : le maintien du financement des agences publiques. Bolsonaro a déjà annoncé vouloir en finir avec « l’industrie des amendes », c’est-à-dire le travail des agents de l’Ibama,  l’Institut de protection de l'environnement brésilien, qui lutte contre la déforestation illégale. L’écologue du CNRS Jérôme Chave s’interroge sur le sort qui sera réservé à l’Institut National de Recherche Spatiale du Brésil (INPE), l’équivalent de la Nasa. Cet organisme produit chaque année un rapport détaillé sur la déforestation. « L’une des meilleures façons d’éviter la déforestation est de pouvoir la mesurer, insiste le chercheur. Or, si l’on casse ce "thermomètre", il n’y aura plus la possibilité de savoir à quel point il fait chaud. »

Jair Bolsonaro prendra ses fonctions le 1er janvier 2019. « En quatre années de mandat, il peut se passer beaucoup de choses », s’inquiète Jérôme Chave. Le programme de campagne du candidat avait été baptisé « Projet Phénix ». Cependant, l’Amazonie n’est pas un oiseau pouvant renaître de ses cendres.

©Tommaso Protti

 

Laurène Daycard

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