Démocratie : Y a-t-il de bons ou de mauvais élèves dans le monde ?

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Démocratie : Y a-t-il de bons ou de mauvais élèves dans le monde ? sur Qu'est-ce qu'on fait
Personnellement, je ne pense pas qu’il y ait de bons ou de mauvais élèves en démocratie, mais avez-vous déjà entendu parler de l’indice de démocratie ? Parce que lui oui. Cet outil statistique permet de classer le système politique des pays des plus autoritaires aux plus démocratiques grâce à une note sur 10. Chiffre fourre-tout ou réalité socio-politique, sur quoi repose réellement ce chiffre et que nous apprend-t-il sur la face politique de notre monde ?

La démocratie. Ce concept résonne aux côtés de la dignité humaine, la liberté, l’égalité, de l’État de droit ou encore des Droits de l’Homme et du Citoyen comme une des principales valeurs que défend aujourd’hui fermement l’Union Européenne. Alors, on peut se demander à quel point notre beau pays français est démocratique. Il est vrai que la question mérite d’être posée et pas seulement lors d’un dîner en famille à la bonne franquette. Entre un exécutif toujours plus fort, le mouvement révolté des Gilets Jaunes ou encore les actions militaires à l’étranger tombant dans le secret Défense, on pourrait penser que la démocratie française se fragilise depuis quelques années. D’ailleurs, comment nous plaçons-nous face à nos voisins européens ? Au niveau mondial ? Peut-être que l’indice de démocratie pourrait vous donner du grain à moudre dans vos multiples colles (ou pas).

Créé en 2006 par The Economist Intelligence Unit du groupe de presse britannique éponyme, cet outil statistique se propose d'évaluer le niveau de démocratie de près de 167 pays sur le globe. Oui, rien que ça ! Selon les rapports publiés par ses créateurs chaque année, l’indice en question se baserait sur 60 critères réunis en cinq catégories : le processus électoral et le pluralisme, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation et la culture politique (englobant la perception du régime politique, du gouvernement militaire, de la démocratie et de la séparation Église/État). De quoi brasser large en théorie. Par l’intermédiaire de 60 questions à choix multiples, The Economist calculerait une note pour chaque catégorie comprise sur une échelle de 0 (moins démocratique) à 10 (plus démocratique). Une fois la moyenne totale des catégories obtenue (ou note finale sur 10), quatre différents types de régimes se dégagent : les démocraties pleines (indice entre 8 et 10), les démocraties imparfaites (indice entre 6 et 8), les régimes hybrides (indice entre 4 et 6) et les régimes autoritaires (indice inférieur à 4).

 

Les pays nordiques en force, l’Hexagone à la traîne

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les tendances socio-politiques mondiales autour de la démocratie ne sont pas si alarmantes. Selon le dernier rapport de The Economist Intelligence Unit, l’année 2018 a notamment été rythmée par une augmentation de la participation en politique (votes et adhésion aux partis politiques) mais aussi une hausse de la représentation des femmes dans la législature. En revanche, l’indice de démocratie en lui-même nous réserve bien des surprises. En effet, le top 10 du classement du Democracy Index 2018 est totalement dominé par les pays Nordiques (hormis l’Australie et la Nouvelle-Zélande). De plus, aucun pays asiatique n’est rattaché aux démocraties pleines, la Corée du Sud et le Japon talonnant de peu le top 20 à la 21ème et la 22ème place respectivement. De leur côté, les Etats-Unis et la France sont parmis les démocraties imparfaites se positionnant respectivement à la 25ème et 29ème place. Il semble que les deux régimes pêchent sur trois points majeurs que sont la participation, la culture politique et le fonctionnement du gouvernement. Ainsi, doit-on pointer du doigt le pouvoir du Président de la République ? Le rôle des institutions ? Quoi qu’il en soit, il reste difficile de savoir quelle est la raison de ce constat.

 

Un indice qui ne fait pas l’unanimité

Même s’il permet de dessiner une certaine face du monde politique et de révéler certaines réalités sociales (plus faible score pour le régime autoritaire de Corée du Nord, chute d’indice de la Turquie suite aux élections d’Erdogan), l’indice de démocratie suscite la critique par son manque de transparence. Effectivement, selon Peter Tasker, analyste politico-économique et contributeur au Financial Times, “aucune information n’est donnée quant à l’identité des experts répondant aux questions du calcul de l’indice, de leur nombre ou même leur indépendance vis-à-vis du groupe The Economist”. Par ailleurs, d’autres doutes planent quant à la possible implication de l’opinion publique dans le calcul de l’indice. Effectivement, selon les rapports du groupe de presse, “certaines réponses sont fournies par des sondages à l’échelle publique des pays respectifs”. On y lit également : “Dans le cas des pays pour lesquels certaines réponses aux sondages publics sont manquantes, les résultats de sondage de pays similaires ou des évaluations d’experts sont utilisées pour compléter les vides”. Quelle place occupe réellement les sondages publics dans les réponses aux questions ? Pour quelles questions ? Comment un pays peut-il être « similaire » à un autre ? Les rapports ne l’indiquent pas.

En réalité, les indices de démocratie sont nombreux (Freedom House, Center for Systemic Peace) et tentent, chacun à sa manière, de « mesurer » la démocratie. Les conclusions sont pour autant divergentes. Alors quelle est la pièce manquante du puzzle ? Le concept de démocratie est-il vraiment acquis et unique ? Principe de représentativité, pouvoir du peuple par le peuple, égalité des chances, séparation des pouvoirs, liberté de la presse, processus électoral libre, etc… Les définitions sont multiples et il paraît logique de faire des choix pour créer un indice relativement stable du degré de démocratie d’un pays. En effet, “tout indicateur est critiquable et instrumentalisable dans l’absolu car forcément réducteur. Cette critique vaut encore plus pour des sujets aussi subtiles, complexes et humains tels que la démocratie” explique Séverine Bellina, experte des questions de gouvernance démocratique. Elle signale cependant que “des chiffres forts affichés en début de propos indiquant un réel recul de la démocratie dans nos pays, rappeler que la démocratie n’est pas le régime politique dominant dans le monde et que nous devons la défendre et la refonder chaque jour est important. C’est la force de tels indices lorsqu’ils sont utilisés [...] pour symboliser un message et capter l’attention, l’inconscient de tous.”

"la démocratie n’est pas le régime politique dominant dans le monde [...] nous devons la défendre et la refonder chaque jour"

Ainsi, bien qu’il suscite la curiosité et qu’il tente de montrer une certaine face du monde politique, il est essentiel de garder à l’esprit le fondement subjectif de cet outil qu’est l’indice de démocratie. Alors, à vos esprits critiques !

 

  • On s’allonge devant un TED Talk d’Anthony D. Romero, directeur exécutif de l’Union américaine pour les libertés civiles, afin de mieux comprendre le concept de démocratie.
  • On jette un œil à d’autres états des lieux la démocratie proposés par la Freedom House et le Center for Systemic Peace.
  • On s’inscrit sur Cojito, un réseau social dédié aux idées, au débat et à la politique.
  • On découvre l’association Mieux Voter et on organise des jugements majoritaires. Une nouvelle manière de s’exprimer en votant pour l’ensemble des possibilités de manière nuancée et non par un vote unique et absolu. Choisir un bar entre amis, décider de la ligne directrice d’un projet ou encore faire des pronostics à des élections politiques, on expérimente une nouvelle manière de faire des choix collectifs.
Corentin Mathé -- Deletang

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