La planète brûle

À CHAUD
La planète brûle sur Qu'est-ce qu'on fait
"Il y a une telle urgence" commentait Nicolas Hulot lors de son annonce du départ du gouvernement. Et en effet : Cercle polaire, Japon, États-Unis, France... 2018 est l’année la plus chaude jamais observée. Pour éviter que la Terre ne se transforme en étuve, les petits pas ne suffisent pas - ne suffisent plus. C'est pourquoi un consortium d’experts et de scientifiques a identifié 6 chantiers à accomplir d'ici 2020 à l'échelle internationale.

L’été meurtrier

Cet été est celui de tous les dangers, celui qui voit les températures moyennes (celles qui comptent, donc), atteindre des pics sans précédent. La mesure la plus haute jamais enregistrée a été relevée dans la partie algérienne du désert du Sahara, le thermomètre y a affiché 51 °C en juillet.

Ces fortes chaleurs conjuguées à une sécheresse exceptionnelle mettent le monde en feu. En Californie, pas moins de dix-huit foyers distincts dont huit majeurs étaient toujours actifs dans l’Etat, mardi 28 août, dont le plus vaste jamais été enregistré, le Mendocino Complex Fire. Ce feu a dévoré jusqu’à présent 216 000 hectares de terrain, l’équivalent de vingt fois la ville de Paris ! Et au moment où ces lignes sont écrites, il est n'est toujours maîtrisé qu'à 90% environ, selon Cal Fire, le service californien de lutte contre les incendies.

Le vieux continent n’a pas été épargné non plus : le Portugal, la Grèce, la Suède, la Lettonie, la Finlande ont dû faire face à des incendies spectaculaires et meurtriers. À Amsterdam, 12  ponts ont été fermés car la chaleur extrême risquait de faire fondre le métal. Tout cela est imputable au changement climatique.

"Il faut relever l’ambition de l’accord de Paris sans quoi le réchauffement sera de 3,5 degrés."

C’est dans ce contexte, dans la torpeur de l’été, que des scientifiques internationaux ont lancé une alerte dans un rapport publié par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Selon eux, si rien n’est fait rapidement pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, la Terre atteindrait un point de rupture pour devenir une véritable "étuve" en grande partie invivable : La Terre serait alors confrontée à "une température de 4 à 5°C plus élevée qu’à la période préindustrielle et le niveau de la mer 10 à 60 mètres supérieur à celui d'aujourd’hui". Les rivières déborderaient, les ouragans feraient des ravages sur les côtes, les récifs de corail disparaîtraient et la fonte des calottes glaciaires provoquerait une telle hausse du niveau des océans que des régions côtières entières seraient englouties par les flots. Le tout avant la fin de ce siècle, voire plus tôt.

Pour que ce scénario catastrophe qui semble tout droit sorti d'un film de Roland Emmerich se déclenche, il faut, selon ces chercheurs, que le point de non-retour soit atteint, c’est-à-dire que la température de la Terre devienne supérieure de 2 degrés à celle de l’ère préindustrielle (objectif fixé lors des accords de Paris). Elle l’est déjà d’un degré et selon le climatologue et glaciologue français Jean Jouzel, le processus est en marche : "il faut relever l’ambition de l’accord de Paris sans quoi le réchauffement sera de 3,5 degrés".

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?!

D’abord, on ne s’achète pas forcément un climatiseur sauf si on est très agé-e ou qu’on habite dans une région très chaude, car il faut absolument réduire les émissions de CO2. Or tous les appareils réfrigérants sont extrêmement énergivores. Aux États-Unis, les climatiseurs de particuliers représentent une dépense énergétique équivalente à celle du continent africain tout entier !

Plus sérieusement, un consortium d’experts et de scientifiques ont identifié 6 chantiers prioritaires dans 6 secteurs différents pour atteindre des objectifs réalistes d’ici 2020. Alors, voilà un petit aperçu de ce que le monde DOIT ETRE D’ICI DEUX ANS (c’est demain) si on veut éviter le brasier :

Énergie

Au minimum 30 % de notre électricité est produite par des énergies renouvelables VS 23,7 % en 2015. Plus aucune construction ou mise en service de centrale au charbon n’est autorisée et toutes celles encore en activité sont peu à peu fermées. Pour y participer, on passe d’ores et déjà à l’électricité verte

enercoopLe Moulin de Saint-Aulaye Puymangou - Mairie produit de l'électricité pour Enercoop depuis janvier 2014. Source : Enecoop / Nos producteurs

Infrastructure

Les villes et les états à travers le monde ont lancé des plans d’action ambitieux pour faire en sorte que tous les bâtiments et infrastructures deviennent d’ici 2050 neutres en carbone, c'est-à-dire à haute performance énergétique ou alimentés par énergies renouvelables. Grâce à un financement annuel mondial de 300 milliards de dollars, tous les nouveaux bâtiments sont zéro carbone et les villes rénovent chaque année au moins 3 % de leur parc immobilier existant. Par ailleurs, les mesures prises pour encourager le développement de la nature en ville permettent de réduire le phénomène d'"ilot urbain de chaleur" révélé par des écarts de plusieurs degrés entre le centre et sa périphérie.

Transport

Les véhicules électriques représentent au moins 15 % des ventes de voitures neuves dans le monde, une augmentation significative par rapport aux 1 % des parts du marché actuel. Des engagements sont pris pour rapidement doubler l'utilisation des transports en commun dans les villes, augmenter de 20 % l'efficacité énergétique des véhicules lourds, et réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre par kilomètre parcouru en avion.

Aménagement du territoire

De vraies politiques sont mises en place pour réduire la destruction des forêts et pour reboiser. Les émissions nettes de CO2 actuelles dues à la déforestation et aux changements d'affectation des terres représentent environ 12 % du total mondial. L’objectif d’ici 2030 : les ramener à zéro, voire créer de nouveaux puits de carbone grâce à la reforestation. Des pratiques agricoles durables généralisées réduisent les émissions et augmentent la séquestration du CO2 dans des sols sains et bien gérés.

Industrie

L'industrie lourde innove et a mis en place une feuille de route pour réduire de moitié leurs émissions de CO2 bien avant 2050. Actuellement les industries très carbonées - comme le fer, l'acier, le ciment, les produits chimiques et le pétrole et le gaz - émettent plus d’un cinquième du CO2 dans le monde, en excluant leurs besoins en électricité et en chaleur.

La finance

Le secteur financier a repensé la manière dont il déploie des capitaux et mobilise au moins 1 000 milliards de dollars par an pour l’action climatique. La plupart proviendra du secteur privé. Les gouvernements, les banques privées et des organismes tels que la Banque mondiale doivent émettre beaucoup plus d’"obligations vertes" pour financer la lutte contre le changement climatique. Cela crée un marché annuel qui, en 2020, traite plus de dix fois les obligations émises en 2016 (81 milliards de dollars).  Le Crédit Coopératif favorise, par exemple, une économie à la fois sociale et environnementale. 

Vous trouvez le programme chargé ? C'est pourtant un absolum minimum. Alors, on s'y colle ?

Alexandre Millet
Tags : #alerte

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