Les fermes-usines des animaux-machines

DÉCRYPTAGE
Les fermes-usines des animaux-machines sur Qu'est-ce qu'on fait
Cirque, laboratoire, alimentation : le nouveau hors-série de "60 millions de consommateurs" questionne notre rapport à l’animal dans nos modes de vie et de consommation. Focus sur l’industrie alimentaire, pour laquelle le bien-être animal reste subordonné à des logiques de productivité agressive, quand bien même il est instrumentalisé à coup de labels et de campagnes de communication pour répondre à des performances économiques. Sacrifier la vie pour l’argent, vraiment ?

Sensible mais soumis

Même si le code civil français reconnaît la sensibilité de l’animal dans la loi du 16 Février 2015, les animaux restent un objet de détention et l’homme bien souvent leur propriétaire. Sensible mais soumis : une contradiction symptomatique de notre rapport à l’animal ? Peut être bien. 

Pour l'élevage, le bien-être animal est régi par 5 libertés fondamentales énoncées en 1965 par l’Organisation mondiale de la santé animale : 

  • la liberté physiologique : pourvoir à ses besoins primaires que sont manger et boire
  • la liberté environnementale : être abrité dans un environnement décent
  • la liberté sanitaire : avoir accès aux soins
  • la liberté comportementale : exprimer son comportement naturel
  • la liberté psychologique : se sentir mentalement bien  

Enoncées, soit. Appliquées, pas vraiment. Quand on sait que, dans le secteur industriel, les vaches connaissent des complications physiques car elles produisent 2 fois plus de lait qu’il y a 50 ans, peut-on parler de "soins" ? Quand on sait qu’une truie s’épuise à mettre bas toute sa vie sans voir la lumière du jour, peut-on parler de "comportement naturel" ? Et quand on sait que la surface de la cage d’un lapin ne dépasse pas celle d’une feuille A4, peut-on vraiment parler de décence environnementale ? La réalité est que le système productiviste actuel n’est pas compatible avec le bien-être animal : il est agressif et rationalisé par l’efficacité et le rendement. Les animaux sont des matières premières bien avant d’être des êtres vivants. On parle de zootechnie pour désigner ce système industriel qui identifie les animaux à des machines et vante des technologies désormais capables d’abattre 13 500 poulets en une heure ! Et si la vie des animaux importe peu dans cette logique de production, la mort non plus ! La mort n’existe pas en abattoir, on parle de transformation. 

Production versus élevage

Ce rapport à l’animal n’est plus possible, tant éthiquement, qu’écologiquement. Parce que si les bêtes souffrent de ce procédé infernal, les hommes employés par l’industrie agro-alimentaire aussi : violences, accidents, drogue, folie… stop! Animaux et hommes y perdent leur âme. Jocelyne Porcher, sociologue et directrice de recherche à l’INRA, préconise un retour à un rapport sensible et affectif à l’animal : l’élevage paysan. La rationalité relationnelle prime sur la rationalité productiviste : c’est une façon de pensée et de faire beaucoup plus saine.

Jocelyne Porcher met en place une théorie de l’élevage dans laquelle « élever » est antithétique avec « produire ». Assister la mise au monde, voir grandir, rendre heureux un animal et pouvoir lui donner dignement la mort n’est un cycle que seul peut accomplir un éleveur. Seulement aujourd’hui, l’élevage paysan s’est complètement fait écraser par la logique productiviste, ce qui explique la faible proportion de ce modèle et sa précarité économique : les associations défenseures des animaux s’accordent pour dire qu’au moins 80% des animaux sont élevés de manière intensive en France. Les paysans éleveurs sont lésés par un cadrage juridique basé sur les normes de l’industrie agro-alimentaire : abattre sa bête dans sa ferme est interdit par exemple, et passible de 6 mois de prison et de 15000 € d’amende. Néanmoins le modèle suédois des camions d’abattage mobile pourrait être importé en France en 2019. Seulement, encore une fois, le processus juridique s’avère beaucoup plus lent que le système productiviste à grande vitesse : la transition de modèle économique urge pourtant ! 

On arrête l’élevage ?  

Jocelyne Porcher regrette que le débat sur les produits animaux se limite à deux extrêmes : l’hyper-productivisme d’un côté, l’abolitionnisme végane de l’autre. En France, il y a 97% des habitants qui ont une alimentation carnée, alors est-il réaliste et rationnel de viser 0% ? Puis quid du bétail ? Quid des emplois ? Le changement ne peut être radical sans être autoritaire et faillible. Le curseur peut se positionner sur le rapport vertueux de l’élevage paysan, même si oui, cela relève encore de l’exploitation animale, le respect est toutefois mis à l’honneur.

On sort de la passivité

Au lieu d’attendre que tout nous tombe dans l’assiette, sans savoir ni d’où, ni pourquoi, ni comment, on peut questionner nos bouchers sur la provenance de la viande et des oeufs ou appeler les éleveurs eux-même pour connaitre les conditions d’élevage des animaux dont nous consommons les produits

On suit les repères

  • Le label Agriculture biologique est le seul label actuel qui assure une prise en compte "relativement satisfaisante des besoins animaux" écrit l’équipe de rédaction de 60 millions de consommateurs : ce n'est pas la perfection, mais la meilleure référence des circuits longs de la grande distribution.
  • lire le hors série de 60 millions de consommateurs "Bien-être animal, ces vérités que l’on vous cache".
  • On peut revoir le documentaire présenté par Elise Lucet "jambon de parme, une vie de cochon" diffusé sur France 2 le 4 Octobre 2018.
  • On peut également revoir le documentaire Cash Investigation- Luxe "les dessous chocs" qui lève le voile sur les matières animales textiles.
  • On visionne notre vidéo sur les oeufs pour décrypter leur étiquetage.
  • On lit notre infographie "La viande de la discorde"

On s’abreuve de lectures

  • On suit l’enquête de Jonathan Safran Foer dans Faut-il manger les animaux? , qui s’interrogeait sur la manière de nourrir son fils à l'heure d'une ère industrielle, opaque, secrète et barbare sur les conditions de transformations alimentaires.
  • On lit l’ôde à l’amour des animaux de Zola dans L’amour des bêtes, qu’il considère et aime comme ces semblables bipèdes.
  • On se plonge dans l’insurrection d’Antoine Laurent et Apollinaire Fée dans Il ne faut pas maltraiter les animaux
Anaëlle B

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