Réchauffement climatique : les raisins de la colère ?

DÉCRYPTAGE
Réchauffement climatique : les raisins de la colère ? sur Qu'est-ce qu'on fait
Sécheresse, inondations… Les effets dévastateurs du réchauffement planétaire (qui devrait atteindre 1,5 à 2 degrés d'ici 2050) se répercutent jusque dans les chais. Et pourraient bien altérer le vin en profondeur.

Les saisons se suivent et se ressemblent avec le même constat lancinant : les récoltes sont chaque année plus difficiles. En cause ? Les conditions climatiques : canicule, sécheresse, inondation, gel, grêle… l'agriculture dans son ensemble est ainsi concernée : celle-ci, en polluant, contribue au réchauffement climatique tout en subissant de plein fouet ses effets. Les céréales et végétaux connaissent désormais des périodes de floraison et de récolte de plus en plus précoces et subissent, tout comme les vignes, les assauts de nouvelles maladies et insectes ravageurs. Dans les vignobles, les dates des vendanges sont aujourd'hui de plus en plus précoces : on évoque d'ici 2050 des maturités en avance de trois à quatre semaines. Et le goût du vin évolue lui aussi avec des degrés alcooliques plus élevés : de 10° ou 11° dans les années 70, on est passé aujourd'hui à 13° ou 14°, jusque 15° parfois. Avec des acidités beaucoup plus faibles et donc un équilibre à retrouver. Faut-il pour autant craindre à l'avenir une pénurie de vins, du moins, de ceux que nous connaissons ? La question mérite d'être posée, tant les dernières années ont été rudes pour le vignoble.

Au Sud, pénurie d'eau, au Nord, gel et grêle

Première conséquence du réchauffement climatique, c'est d'abord le phénomène dit du stress hydrique qui est source d'inquiétude dans certaines régions du Sud. Comment réagir ? L'irrigation, pas toujours autorisée dans le cahier des charges des appellations est surtout limitée par la ressource : ce n'est donc pas une solution pérenne. Il faut dès lors creuser pour trouver d'autres pistes. Voire, d'autres lieux. Pas un hasard si l'on (re)plante actuellement en Bretagne ou en Angleterre. Autre option envisagée : rendre les vignobles rustiques et résilients en gérant mieux le carbone, moteur de la fertilité des sols, qui aide aussi au stockage de l'eau. Pour ce faire, il s'agit de repenser les équilibres entre travail du sol et enherbement - entretien d'un couvert de végétal entre les plants : la conduite du vignoble en bio ou en biodynamie a ainsi toute son importance. Le choix de certains porte-greffe (depuis la destruction du vignoble européen dès 1864 par le puceron phylloxéra, la majorité des vignes utilise des plants sur lesquels on implante un greffon) à système racinaire dit plongeant ou traçant qui peuvent aller puiser eau et nutriments en profondeur est une solution, comme celle du semis de pépins. Lent et coûteux, ce dernier est pourtant bénéfique à l'enracinement des plants.

Les cépages délaissés, nouvelle manne commerciale.

Au château Cazebonne, vignoble en biodynamie implanté dans les Graves (Bordeaux), on suit la voie du raisin : "Nous allons replanter une dizaine de cépages anciens du Bordelais, pour pouvoir les suivre, les vinifier et voir ceux qui présentent un potentiel méconnu ". Avec les degrés qui s'envolent, certains cépages délaissés car trop tardifs ou mal connus (souvent hybrides) pourraient bien représenter une manne commerciale. En outre, ces derniers pourraient faire preuve d'une plus grande résistance aux maladies et donc limiter les traitements. D'autres choisissent d'adapter plutôt le palissage – maintien des vignes par des tuteurs – pour favoriser l'ombrage : Jean Claude Rateau, en Bourgogne, s'essaye ainsi aux vignes en lyre, réparties sur deux axes en forme de "V ".

Les épisodes dévastateurs qui surviennent désormais régulièrement au printemps et à l'orée des vendanges sont dramatiques. Il existe, hélas, à ce jour peu de remèdes miracle, solutions techniques performantes, économiques et écologiques pour endiguer ces phénomènes, qu'il s'agisse de l'aspersion d'eau, du brassage d'air par hélicoptère, des braseros, voire des fusées paragrêle. Bien souvent, vignerons et vigneronnes ne peuvent que panser les plaies et tenter de sauver ce qui reste sur pied… quand il reste quelque chose.

Sandrine Goeyvaerts

On s'adapte au climat capricieux ?

L'élaboration de nouveaux cépages résistants, ainsi qu'une nouvelle carte mondiale des vins, de l'Oregon à la Tasmanie pourraient permettre, tant bien que mal, de faire face au réchauffement climatique. Les cépages préparent leur petite révolution.

Des chercheurs de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) basés dans l'Aude travaillent actuellement à mettre au point un cépage nouveau, issu de différents croisements, notamment grenache, cabernet sauvignon et merlot. Ce dernier aura pour objectif de produire à l'horizon 2050 un vin plus léger, moins gourmand en eau et capable de produire du raisin sans traitement phytosanitaire – ces soins spécialement adaptés aux plantes pour éviter qu'elles ne soient attaquées par les insectes et les maladies. Une démarche écologique, donc, qui vise également à prévenir les impacts du réchauffement climatique sur le raisin et sur le vin, ainsi qu'à éviter que la boisson ne se gorge d'alcool avec l'élévation des températures.

D'ici à 2050, la viticulture française devrait donc également revoir sa copie pour produire un vin issu d'une culture biologique raisonnée – souvent biodynamique – permettant à la vigne de s'adapter naturellement à la hausse des températures, en diminuant les gaz à effet de serre générés par l'usage d'engrais chimiques. Un phénomène qui ne concernera pas seulement l'Hexagone : ailleurs dans le monde, la vigne prépare son déménagement. On observe d'ailleurs déjà l'amorce d'un changement, la Californie regardant du côté de l'état voisin d'Oregon, considéré comme le futur Eldorado du vin. Du côté de l'Argentine, le champagne local prend de la hauteur et ses vignes poussent désormais parfois au-dessus de 3 000 mètres d'altitude, dans la région de Salta, au pied de la Cordillère des Andes. Quant à l'Australie, c'est l'île de Tasmanie qui se trouve à l'honneur, avec ses températures basses et ses hivers plus doux. Un vin du futur qui risque de monter en gamme et donc en prix. Préparez la tirelire.

Daphnée Breytenbach

Illustrations : Stéphane Trapier
Tags : #vin

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