Solidaires contre la misère

LUNDI L’UN FAIT #6
Solidaires contre la misère sur Qu'est-ce qu'on fait
Les murs, les portes, sont autant de frontières physiques et morales qu’il est difficile à franchir quand on vit dans la rue. À l’occasion de la journée du refus de la misère du 17 Octobre dernier, tour d’horizon des réseaux solidaires qui ouvrent le dialogue et leur porte pour lutter contre l’exclusion sociale.

Cafés suspendus 

L’expression et belle, le geste qui l’accompagne aussi. Un café suspendu, c’est un café offert anonymement à quelqu’un. Le concept est né à Naples, période après-guerre, quand la ville était plongée dans une précarité économique. Le café était devenu une denrée de luxe mais restait pourtant chéri par les italiens. Alors les commerçants et les habitants ont mis en place  le "café sospeso", ou le "café suspendu" en français, c’est à dire un café que l’on paye mais que l’on ne consomme pas, le laissant en suspens pour une personne qui ne pourrait pas se l’offrir. Depuis, ce concept s’est étendu à tous les commerçants de la ville, et au delà, s’exportant hors des frontières.

Les Suspendus de Rennes perpétuent le mouvement en France. Ce n’est pas seulement un café ou une pizza que l’on peut mettre en suspens, mais une baguette, un billet de spectacle, une coupe de cheveux ou un livre. Le triangle est un centre de danse adhérent au mouvement des Suspendus. Là, il est possible de majorer librement le prix d’un billet pour participer à l’édition de "billets suspendus" dont tout le monde peut bénéficier pour aller voir un spectacle de danse gratuitement. Les offres en suspens à Rennes sont affichées sur la devanture des commerçants grâce à un label en forme de cocarde, un beau clin d’oeil à la "fraternité" de la devise française, souvent minorée derrière "liberté" et "égalité", alors même qu’elle décrit davantage un lien humain qu’un traitement institutionnel. 

Le Carillon 

Après Rennes, parlons de Paris, Lyon, Melun, Marseille, Bordeaux, Lille et Nantes ! Ces villes partagent la même devise solidaire "chacun pour tous" sous l’étendard du Carillon. Le Carillon, c’est une jeune association né en 2015 dans le 11e arrondissement de Paris, qui propose aux commerçants d’ouvrir leurs portes aux personnes vivants dans la rue. Les Monop’, les Proxi, les bars, les restaurants, les coiffeurs, les libraires, les laveries, les fromageries, les pharmacies… Tous arborent un même blason : la petite cloche du Carillon, accompagné d’une liste de pictogrammes décrivant les services proposés par chaque commerce : tantôt le commerçant propose un verre d’eau ou de remplir une gourde, un accès aux toilettes, une coupe de cheveux, un plat chaud, une soupe, ou juste de discuter.

Comme à Rennes et à Naples, l’écosystème des commerçants du Carillon propose également des services et des produits "en attente" d’être consommés par une personne en situation de précarité. L’élan de solidarité chez les commerçants n’était pas compliqué à lancer, le défi c’est surtout de convaincre les personnes vivants dans la rue qu’elles sont les bienvenues dans ces lieux. L’exclusion s’accompagne d’une mauvaise estime de soi, d’un isolement et d’une coupure sociale qui n’est pas aisé à surmonter. Les seuils sont difficile à franchir, tant les mondes qui nous séparent sont différents. 

Humains dans la Rue 

Les gens dans la rue sont partout autour de nous, on les voit, on leur parle ? Pas toujours. Ils nous parlent ? Pas vraiment. On leur donne de l’argent ? Parfois. Ils nous en demande ? Pas forcément. En fait on ne sait pas vraiment comment s’y prendre. On aimerait les aider, mais on ne sait pas comment faire. Alors la plupart du temps on décide de faire l’autruche et de les ignorer. Mais... Le sentiment d’impuissance d'un côté, et de besoin de l'autre, n'est-il pas un comble ? Jean-Marc Potdevin, créateur de l’association Entourage, Anne Lorient, ancienne SDF désormais engagée contre l’exclusion des femmes dans la rue avec Le Filon et Lauriane Clément, journaliste et bénévole à la Croix Rouge, signent un livre qui recense des témoignages et des histoires d’amitiés nées dans la rue, pour servir de guide et de brise glace entre les exclus et les inclus de la société. Alors, pour la journée de Refus contre la misère du 17 Octobre, l’association Entourage a accompagné le lancement du livre par un manifeste contre l’exclusion, que chacun peut signer et soutenir, comme de nombreuses personnalités.

Humains dans la rue, histoire d'amitiés avec ou sans abri,
Jean-Marc Potdevin, Anne Lorient et Lauriane Clément, éditions Première Partie, 2018 (14€)

 

Anaëlle B
Tags : #solidarité

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