Condamnation de Monsanto : le début d'une fin ?

À CHAUD
Condamnation de Monsanto : le début d'une fin ? sur Qu'est-ce qu'on fait
Après des années de combats acharnés de victimes du glyphosate, la victoire d'un jardinier atteint d'un cancer contre Monsanto redonne espoir dans la lutte contre ce géant intouchable. Le début d'une fin ? Si seulement...

Arles, été 2017

Lors de la 48e édition des Rencontres de la photographie, une exposition détonne, et ne manquera pas de troubler la détente estivale de nombreux visiteurs. "Désordre du monde", reportage réalisé par le photographe franco-vénézuélien Mathieu Asselin sur 5 années, montre les ravages causés par l’entreprise américaine Monsanto.

On découvre une image d’archive d’un bébé né sans bras à cause d’une malformation congénitale qui touche les familles vietnamiennes sur deux ou trois générations depuis la pulvérisation de "l’agent orange", ce poison déversé par les avions de l'armée américaine de 1959 à 1971. Puis une photographie de la personne qu’est devenue ce bébé : une jeune étudiante d’Hô-Chi-Minh qui peine à trouver une université adaptée à son handicap. Dans l’œil du même objectif, prend pose la fille d’un vétéran Américain qui pulvérisait ce même "agent orange". Elle est alitée, vit avec 32 pathologies et presque autant de boîtes de médicaments devant elle.

©Mathieu Asselin, photo 058

©Mathieu Asselin, photo 034

Plus loin, un homme se recueille devant la tombe de son frère mort à 16 ans, victime de la contamination de la ville d’Anniston par des polychlorobiphényles (un polluant chimique très dangereux). Cette ville est devenue fantôme. Les photographies de ses maisons vides, sordides, font face aux publicités de la fabuleuse "Maison du Futur", attraction de Disneyland qui a existé de 1957 à 1967, et sponsorisée par Monsanto. À travers cette maison, une promesse publicitaire on ne peut plus explicite : Monsanto, c'est le futur.

Monsanto House of the Future à Disneyland, Anaheim (Californie) de 1957 à 1967

Mais aussi, des images de champs de maïs transgénique dont les semences n’appartiennent plus aux agriculteurs et dépendent des produits de Monsanto, ou encore, des petites villes américaines dans un état déplorable après l’activité et la fermeture d’usines Monsanto... Agent orange, polychlorobiphényles, OGM, appropriation des semences et aujourd'hui, glyphosate : derrière ces drames, encore et toujours le même géant tentaculaire qui pousse le capitalisme à son cynisme le plus absolu, une entreprise intouchable grâce aux affinités finement tissées avec le FNS (Food and nutrition service), agence du département de l’agriculture américaine.

Californie, été 2018 : Monsanto condamné à verser 289 millions de dollars à un particulier

Des personnes du monde entier se battent chaque jour pour demander justice. Des citoyens, victimes, militants, journalistes, ONGs, que l'entreprise ne cesse de museler. Pour la première fois, un particulier a obtenu gain de cause : lundi 10 août, la justice américaine a condamné Monsanto à verser 289,2 millions de dollars (248 millions d'euros) à Dewayne Johnson, un jardinier américain atteint d’un cancer attribué au glyphosate, l’herbicide qui compose à 41% le Roundup (produit phare de la marque et pesticide le plus vendu au monde).

Il y a un an l’exposition "Désordre du monde" était surplombée par un format immense de cette photographie : la poignée de main satisfaite entre Hugh Grant, président de Monsanto alors et Werner Baumann (PDG de Bayer) qui venait de signer l’acquisition de l'entreprise.

Ce dernier déclarait devant les caméras "pouvoir gérer la réputation de Monsanto", déjà sous le coup de milliers de procédures (aujourd'hui, plus de 4 000 dossiers de victimes pourraient déboucher sur des procès aux Etats-Unis).

Affiche-t-il la même sérénité aujourd’hui ? La condamnation de Dewayne Johnson est un symbole fort, et a eu pour conséquence directe la perte de 10 milliards d’euros de capitalisation boursière de Bayer dès le lundi 13 août. Elle a aussi remis à l’ordre du jour le débat sur l’interdiction du glyphosate, question sur laquelle le Conseil Européen avait rétropédalé en novembre 2017 en reconduisant son autorisation pour 5 ans.  

Malgré cet affaiblissement de Bayer, et un fort coup porté à son image, rien n'est aujourd'hui gagné contre lui. Non seulement parce que l'entreprise a fait appel, mais aussi parce que la fusion Bayer-Monsanto laisse suspecter une stratégie qui rendrait insolvable l'entreprise en cas de peines de dédommagements. Si les états ont visiblement manqué à leurs responsabilités, les citoyens ont aujourd'hui leur rôle à jouer pour faire interdire les pratiques de Monsanto.

Mathilde R

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