Naturisme. On se promène nu dans les bois ?

DECRYPTAGE
Naturisme. On se promène nu dans les bois ? sur Qu'est-ce qu'on fait
Parcs, restaurants et musées, les naturistes investissent de plus en plus la ville. Retour sur un mouvement qui a vu le jour au début du siècle dernier.

Le 5  mai dernier, en plein cœur du XVIe arrondissement parisien, une centaine d’amateurs d’art ont pu vivre une expérience unique en France. Ils ont arpenté les vastes salles du Palais de Tokyo sans vêtements, pour visiter l’exposition Discorde, fille de la nuit. Lancée par le musée contemporain, l’idée a séduit au-delà des espérances. " Plusieurs milliers de demandes ont été enregistrées pour seulement 160 places ", se réjouit Laurent Charreau, porte-parole de l’association des naturistes de Paris (ANP), partenaire de l’action. Un an après l’ouverture d’une partie du parc de Vincennes aux naturistes et d’un restaurant où les clients se déshabillent (O’Naturel), un vent nouveau et dénudé souffle sur la capitale.

Ou plutôt un renouveau, car le naturisme naît il y a près d’un siècle, dans une France de l’entre-deux-guerres. "Des groupes d’hygiénistes et notamment de médecins se penchent sur les effets de l’héliothérapie pour soigner certaines maladies. Attirés par le sport, ils s’aperçoivent des bienfaits générés par le fait de laisser le corps à l’air libre " raconte Karel Oliviero, rédactrice en chef du magazine La vie au soleil. Une vision à rebours des codes d’une époque où l’on se baignait bien couvert. Ralenti un temps par le second conflit qui déchire l’Europe, le mouvement naturiste reprend du poil de la bête en 1944 grâce à Albert et Christiane Lecocq. Surfant sur les avancées sociales des années 30, ils intègrent un club et le développent. Le vent de liberté qui accompagne l’après-guerre fait le reste. Le nombre d’adhérents triple en à peine quelques mois.

Vent frais sur la peau

Le 1er  février 1949, Albert Lecocq lance son titre de presse La vie au soleil. " Il va se servir du support pour faire connaître le mouvement et l’axer sur le sport, la santé et la nature" détaille sa rédactrice en chef actuelle. Fini l’angle uniquement médical : pour ouvrir le mouvement au plus grand nombre, le couple Lecocq privilégie les loisirs. Lier le sport et la nudité, une idée qui n’est pas sans rappeler les représentations des athlètes au corps galbés des civilisations antiques. Avant d’être parfois source de honte, le corps, surtout celui des hommes, dans le plus simple appareil représentait la puissance. "Au VIIe  siècle avant J-C, le corps masculin dénudé revêt une dimension héroïque. Il représente soit les sportifs, soit les dieux" développe Audrey Gouy, historienne de l’art antique et archéologue. " La nudité apparaît dans l’éloge de la force et de la puissance. Il y a l’idée d’une performance physique très élevée" précise-t-elle.

Le naturisme français connaît un grand boom jusque dans les années 70. " Tous les grands lieux phares ouvrent à cette période" note Karel Oliviero. Le plus grand lieu de naturisme se trouve à Montalivet en Gironde : c’est le premier domaine ouvert par Lecoq en 1953. Sa réputation a depuis traversé les frontières. Puis le mouvement s’estompe à la fin du XXe  siècle. " Le mouvement vieillit avec ses dirigeants ". L’association des naturistes de Paris n’échappe pas à la règle. Après une soixantaine d’années d’existence, elle se met à " ronronner", explique Laurent Charreau. "Nous nous satisfaisions de quelques créneaux horaires dans une piscine. "

"Pour les médias, le naturisme c’était tout ce qui se passait au Cap d’Agde"

C’est l’arrivée il y a cinq à dix ans d’une nouvelle génération, portée par une volonté de se rapprocher de la nature, qui permet de rebondir. Plus question de laisser les naturistes parisiens s’enfermer dans les bassins chlorés. Il est temps de passer à la vitesse supérieure, ce qui veut dire investir l’extérieur. Et pour ce faire, il faut dépoussiérer une image parfois écornée. "Pour les médias, le naturisme c’était tout ce qui se passait au Cap d’Agde", regrette le porte-parole de l’ANP. La communication s’adapte donc à un nouveau public rajeuni. " Grâce aux réseaux sociaux, nous acquérons une visibilité très importante et les messages passent plus rapidement". Dans un premier temps, ils organisent des sorties pour les adhérents. " De fil en aiguille, nous en avons voulu plus pour notre capitale." L’idée d’un espace naturiste voit alors le jour. Des relations étroites avec la mairie de Paris leur permettent d’être entendus. La victoire se matérialise fin août  2017 avec l’ouverture d’une parcelle qui leur est réservée dans le bois de Vincennes. L’espace accueille cette année les visiteurs d’avril à octobre.

Convivialité dénudée

Les mentalités changent. " On sent un frémissement", témoigne Laurent Charreau. " Les gens se tournent vers le naturisme pour son esprit de convivialité, de liberté et d’égalité", fait valoir celui qui a rejoint le mouvement il y a six ans. "C’est mieux qu’une thérapie. Le regard sur soi et les autres change complètement. Ressentir l’air, les rayons du soleil ou l’eau sur sa peau apprend à faire attention à son corps et à vivre en adéquation avec la nature ". Fin juin, la première Semaine du naturisme était organisée à Paris. À cette occasion, un kit d’initiation au naturisme a été lancé. Il contient un guide des lieux où passer des vacances nu ainsi qu’un maillot de bain en lycra recyclé… soluble. 

Amandine Seguin
Illustrations : Cécile Dormeau
Tags : #corps

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