Rapport 1.5 du GIEC : le sursaut est indispensable.

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Rapport 1.5 du GIEC : le sursaut est indispensable. sur Qu'est-ce qu'on fait
Lundi 8 octobre, le GIEC a publié le rapport qui détaille le scénario d'un réchauffement climatique à 1,5°c. Qu'est-ce que cela signifie ? Comment maintenir ce seuil de réchauffement ? Est-ce encore possible ?

Le GIEC, c’est quoi ?

Le GIEC, "groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat" est un groupement international de scientifiques indépendants. Son rôle est d'évaluer tous les scénarios possibles d’évolution du climat en plaçant tous ces scénarios à un niveau équiprobable. Depuis 1990, le GIEC a publié 5 rapports - le dernier datant de 2014, le 6ème est prévu pour 2022 - ainsi que plusieurs rapports intermédiaires, dont celui de 400 pages sorti ce lundi 8 octobre sur le scénario 1,5°c. Lorsque les rapports sont remis aux gouvernements, nous explique Christophe Cassou, climatologue co-rédacteur du 6e rapport, "C’est à chaque État, chaque citoyen, de s’approprier les différentes solutions, d’en privilégier une par rapport à une autre, qui va être adaptée à chaque pays, à chaque territoire, héritage culturel." Jusqu'à présent, les rapports se sont succédés, les climatologues ont tiré le signal d'alarme, mais trop peu de choses ont changé pour ralentir significativement le réchauffement.

Qu’est-ce que ça signifie, "1,5°c" ?

C’est l’augmentation maximale de la température fixée par l’Accord de Paris jusqu’en 2100, en prenant comme référence les températures de la période préindustrielle, en 1850-1900. Au moment de la signature de l’Accord de Paris, on ne connaissait pas encore exactement les conditions, les paramètres et les conséquences d'atteinte de ce niveau de réchauffement climatique. Les états ont donc commandé au GIEC "un rapport sur les impacts d’un réchauffement global de 1,5 °C et les trajectoires d’émissions mondiales de gaz à effet de serre associées". Par 1,5°c, il faut entendre "en moyenne jusqu’à 2100", ce qui sous-entend plusieurs courbes d'évolution possibles : atteindre 1,5°c et s'y maintenir, ou bien les dépasser temporairement puis redescendre en-dessous. En fonction de ces trajectoires, les scénarios seraient très différents. De plus, à +1,5°c, la température ressentie ne sera pas la même sur tout le globe, comme l’a expliqué Rolland Seferiand, co-rédacteur du rapport, lors de la conférence Rapport 1,5°c à Alternatiba Bayonne : "1,5°c de réchauffement en moyenne climatique, en terme de variable météorologique, ça veut dire à peu près 1,5°c sur les océans, mais ça veut dire des températures plus fortes sur les continents, de l’ordre de +3 degrés en France, et +5 degrés en Arctique".

Ce rapport, en quoi consiste-t-il ?

Publié ce lundi 8 octobre, le rapport 1,5°c du GIEC - dont on peut lire le résumé à l'attention des décideurs en ligne - a détaillé le scénario du 1,5°c de réchauffement climatique, avec ses conséquences sur Terre et les moyens à déployer pour ne pas le dépasser. Dans les grandes lignes, il explique que le changement climatique affecte déjà les populations et les écosystèmes ; que chaque dixième de degrés supplémentaire aura un impact sur la vie et les sociétés humaines ; que se maintenir à 1,5°c de réchauffement n'est pas impossible mais nécessitera des transitions sans précédent dans tous les aspects de la société ; et enfin, il montre comment le maintien à +1,5°c peut aller de pair avec la réalisation des objectifs du développement durable, pour améliorer la qualité de vie de tous. 

Nul besoin d’atteindre les 1,5°c pour observer les désastres. Exemple avec le Sénégal.

"Dans les pays du sud, on n’est plus dans les prévisions, on n’est plus dans l’éventualité en fait. Les changements climatiques, ils sont là, il sont visibles au quotidien, ils sont vécus par des millions de personnes alors qu’on se situe à un niveau de réchauffement qui avoisine 1°c", explique Mariama Diallo, porte-parole d'Alternatiba Dakar. Situé sur la côte ouest africaine, le Sénégal est, comme ses voisins cotiers, déjà grande victime de la montée des océans et de l'érosion. Au Sénégal, plusieurs villages ont déjà été engloutis, rappelle Mariama Diallo  "Les populations ont dû migrer dans les centres urbains, qui sont devenus des bombes démographiques, ou ailleurs. Ils laissent derrière eux une culture, une histoire. L’ONU nous avertit que si nous continuons de cette façon, en 2055 nous auront plus de réfugiés climatiques que de réfugiés de guerre." Des villes aussi historiques que Saint Louis, Gorrhée, ou Dakar sont aujourd'hui menacées de disparition.

-45% d'émissions de gaz à effet de serre

Depuis Séoul lors de la conférence de la remise du rapprot, Jim Skea, co-président du groupe III du GIEC a déclaré solennellement "Limiter le réchauffement climatique à 1,5°c requiert des changements d’une ampleur sans précédent." Oui, parce que le seuil du réchauffement à 1,5°c arrive à vitesse grand V : le GIEC estime qu'il sera atteint entre 2030 et 2052. Pour l’heure, si nous poursuivons à ce même rythme, seulement fait de "petits pas", un réchauffement de 5,5°c (toujours selon le GIEC) nous attend à la fin du siècle. Il va donc falloir réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre : 45% d'ici 2030. C'est énorme. 

"Limiter le réchauffement climatique à 1,5°c requiert des changements d’une ampleur sans précédent."

L'engagement citoyen

Tous les pays ont approuvé le rapport du GIEC. C'est donc à la société civile, nous citoyens, de nous approprier ce sujet et surveiller que toutes les décisions prises soient compatibles avec ses conclusions. Rappelons qu'au mois de septembre, on a découvert que Business Europe (lobby mastodonte des multinationales européennes) avait établi une stratégie pour freiner les objectifs de l’Europe sur le climat. Inacceptable.

Attention aux fausses solutions

Comme nous l’avons vu, une moyenne de 1,5°c sur un siècle admet différentes courbes possibles, dont celle du dépassement de 1,5°c sur une période, puis une redescente. Dans ce scénario, il faudrait alors résorber l’excédent de CO2 par des procédés artificiels dont les conséquences seraient néfastes pour la biodiversité et encore mal connues.

Pour trouver toutes les pistes d'action concrêtes à mettre en oeuvre, rendez-vous sur nos infographies. Et sinon, rendez-vous ce samedi 13 octobre pour la deuxième marche pour le climat. La construction de la mobilisation se fera en ligne et dans ces évènements fédérateurs !

Mathilde R

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