On met les bouchées doubles !

SUPERMARCHÉS COOPÉRATIFS
On met les bouchées doubles ! sur Qu'est-ce qu'on fait
Ils réinventent le supermarché. Un peu partout en France, depuis 2016, des citoyens construisent des magasins d'un genre nouveau. Pour mieux se nourrir, proposer un modèle collaboratif et retisser des liens de confiance entre consommateurs et producteurs. Reportage à Nantes.

C’est une zone commerciale comme on en voit partout. Sans charme, sans arbres et avec des voitures par centaines. Parmi les enseignes, une salle de sport qui semble proposer de l’aquagym, de l’aérobic, du pump… Pourtant, à l’intérieur, pas de machines pour transpirer. Et l’atmosphère, grouillante et chaleureuse, tranche avec l’extérieur. Il y a bien une piscine mais, vide, qui accueille désormais diverses denrées non périssables. Aux murs, une carte indiquant des producteurs du coin, une note à l’attention de l’équipe du jour, des plans d’aménagements des locaux. Nous sommes à Scopéli, supermarché coopératif de la région nantaise.

Le vendredi après-midi est l’un des deux jours, avec le samedi, où le labo-marché est en ébullition. Les clients-coopérateurs, paniers de course à la main, viennent récupérer leurs achats préalablement commandés sur Internet. Gilets jaune sur le dos, les vacataires-coopérateurs –qui se transforment eux-mêmes souvent en clients à la fin de leur vacation- remplissent les paniers, orientent les visiteurs et encaissent. « Les endives, c’est au kilo ou à la pièce ? », demande Adrien, qui fait sa première vacation à Marion, chargée ce jour-là de l’accueil. « On tâtonne, mais c’est normal, on va prendre nos marques petit à petit », précise la jeune prof d’EPS qui boude la grande distribution depuis longtemps.

Producteurs locaux et circuits courts

L’idée de Scopéli est simple : proposer une alimentation de qualité –très souvent bio- à prix raisonnables, favoriser les producteurs locaux et les circuits courts, le tout dans un supermarché autogéré par ses membres. L’aventure a commencé au printemps 2016. Un petit groupe d’amis se réunit alors avec cette ambition un peu folle. Petit à petit, des adhérents les rejoignent, des groupes de travail sont créés, un local est trouvé, l’association est transformée en coopérative et le labo-marché est lancé. Les coopérateurs sont aujourd’hui 1000. « C’est sûr que si on s’était dit, il y a un an et demi qu’on en serait là aujourd’hui, on n’y aurait pas cru », sourit Gilles Caillaud, président de la coopérative et à l’origine du projet.

« C'est un peu plus cher mais c’est un choix militant »

Toulouse (la Chouette), Montpellier (la Cagette), Paris (La Louve)… les supermarchés de ce type -en phase plus ou moins avancée- se multiplient un peu partout sur le territoire. Ils sont au moins une vingtaine. Le principe est le même, chaque coopérateur achète des parts sociales et participe au fonctionnement du magasin en donnant de son temps, en général trois heures par mois, ce qui permet de diminuer le prix de vente des produits. « Pour le moment, l’objectif, qui était de proposer des prix en moyenne inférieurs de 30 % à ce que l’on peut trouver ailleurs n’est pas atteint puisqu’on est sur des volumes encore limités. Même si, sur certains produits, comme nos patates bio à 51 centimes le kilo, on défie toute concurrence », détaille Frédéric, à Scopéli depuis le début. Mais les coopérateurs sont ici pour tout un tas d’autres raisons. Nelly, au panier rempli de fruits, légumes, riz et produits sans gluten, explique : « Oui, c’est aujourd’hui un peu plus cher mais c’est un choix militant que de s’engager ici et au moins j’ai confiance en ce que j’achète ! ».

Sur le modèle de Brooklyn

« On inverse le modèle de la grande distribution, on travaille avec des producteurs locaux, que l’on connaît et que l’on a pu rencontrer. On sait ce qu’on mange ! », renchérissent Mireille et Philippe, venus eux aussi se ravitailler. Alain, boucher à la retraite et présent presque tous les jours, acquiesce, derrière le stand du frais : « Les gens demandent d’où vient la viande. Et se rendent bien compte de la qualité, incomparable ! J’ai les producteurs au téléphone de temps en temps, une relation s’instaure, c’est important. » Un peu plus loin, dans la grande salle, on prépare l’assemblée générale qui a lieu le soir même. Gilles Caillaud analyse : « On sent que les gens ont envie de prendre en main leur alimentation pour ne plus avoir à la subir, en créant un modèle différent. » D’ici à quelques semaines, Scopéli va changer d’échelle. Le supermarché ouvrira quatre jours, puis six jours sur sept. Chaque coopérateur pourra venir faire ses courses sans avoir forcément commandé préalablement en ligne et des caisses enregistreuses vont faire leur apparition pour faciliter les transactions. « Puis les travaux vont être lancés, de l’argent levé et nous pensons ouvrir le magasin en tant que tel à la fin de l’année », conclut Frédéric.

Ce modèle de distribution peut-il venir concurrencer les circuits bio traditionnels ? « Ce n’est pas notre but, explique Frédéric. C’est un modèle différent, complémentaire et qui ne s’adresse pas forcément aux mêmes types de clients. On n’a pas vocation à créer d’autres Scopéli ailleurs. » Aux citoyens, donc, de se lancer dans ce type de projets. Aux Etats-Unis, le supermarché coopératif FoodCoop de Brooklyn, créé en 1973 et qui rassemble plus de 6000 membres est souvent érigé en exemple... mais il ne semble pas pour autant avoir essaimé.

 

  • Un supermarché coopératif près de chez vous ? mais certainement ! On peut se référer à cette carte en open source qui recense toutes ces intiatives en France métropolitaine et en Outre-mer ainsi qu'en Belgique ! Parmi toutes les adresses, on peut retrouver : 
  •  On peut se téléporter à Brooklyn avec le documentaire FOOD COOP sur le premier supermarché alternatif à la grande distribution : dans ce système, pas de chef.fe, ni de caissier.e.s, les gérant.e.s sont les habitant.e.s ! 

 

Claire Baudiffier
Illustrations : Pierre Busson

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