Alimentation durable

Angleterre 1990. À la télévision, des images saisissantes de vaches possédées par le démon, les yeux hagards, vacillantes sur leurs pattes, puis s’affaissant mortes sont diffusées sur toutes les chaînes. L’inquiétude se propage insidieusement en Europe : C’est quoi l’encéphalopathie spongiforme bovine ? Comment ça s’attrape ? Qui c’est Creutzfeldt-Jakob ?

 

Après 5 années d’incertitudes et de morts suspectes, le couperet tombe le 20 mars 1996  : des scientifiques annoncent que la maladie est transmissible à l’homme par voie alimentaire, en mangeant de la viande de bœuf. Pour bien souligner la gravité de la situation, le gouvernement britannique ajoute qu'il est « prêt » à abattre la totalité du cheptel bovin du pays, soit plus de 11 millions de bêtes si nécessaire. La peur s’installe dans les ventres. Y a-t-il danger dans nos assiettes ? Signe du début d’une peur très médiatisée qui va durablement affecter les habitudes de consommation, le thème devient le principal sujet des journaux télévisés : le 21 mars 1996, il représente tout le premier tiers du 20 heures de France 2 ! Car au-delà de la peur de contamination, la crise de la vache folle soulève de nombreuses interrogations éthiques, politiques et symboliques sur le fonctionnement de notre système alimentaire. 

C’est à cette époque que commence à émerger un ensemble de révélations sur les pratiques des industriels du secteur qui, jusqu’alors, étaient restés invisibles pour le grand public. Et le premier des scoops pour un grand nombre d’entre nous, c’est d’apprendre avec stupéfaction qu’on mange de la vache et non du bœuf depuis tant d’années ! L’industrie agroalimentaire avait si bien réussi à rompre le lien entre l’animal et la viande qu’on ne le voyait plus. Mais le scandale ne s’est pas arrêté là ! En révélant les causes de l’apparition de la maladie, le grand public a découvert, surprise ultime, que le régime alimentaire administré à ces animaux herbivores comprenait également, et ce depuis des décennies déjà, des éléments d’origine animale. Perçue comme l’aveu d’une transgression suprême de l’ordre naturel, cette découverte souleva l’indignation générale. Les éclaircissements qui, progressivement, ont été apportés sur la composition de ces farines animales laissèrent apparaître des ingrédients encore plus douteux : de la viande bovine ! Intégrant en partie des restes recyclés de leurs congénères, nous avions créé des vaches non seulement carnivores mais, pire encore, cannibales. Comment était-on arrivé à une telle horreur ? Qui étaient ces industriels, éleveurs, pouvoirs publics qui, pour nous nourrir, trahissaient la confiance aveugle qu’on leur accordait ? Car à une époque où peu d’entre nous sait encore à quelle vitesse pousse une laitue et où se situe un rumsteck sur une vache, il en faut envers tous ceux qui interviennent dans la fabrication de notre nourriture. Plus de 20 ans après cette première crise alimentaire et sanitaire sans précédent, est-ce que le système a évolué ? Comment savoir si les aliments qu’on met dans notre assiette et notre corps sont bons pour notre microbiote, pour les bêtes, et pour la planète ?


Alexandre Millet

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