L’écotourisme, utopie ou oxymore ?

TOURISME ALTERNATIF
L’écotourisme, utopie ou oxymore ? sur Qu'est-ce qu'on fait
En réponse au tourisme de masse, un tourisme vert s’est développé ces dernières années et progresserait jusqu’à 3 fois plus vite que le tourisme traditionnel. Mais voyage et écologie peuvent-ils vraiment faire bon ménage ?

Défini en 1992 par la TIES (Société internationale d’écotourisme) comme "une forme de voyage responsable dans des sites naturels qui contribue à la préservation de l’environnement et au bien-être des populations locales", l’écotourisme a aujourd’hui le vent en poupe. Mieux, il est à la mode. Écolodges, cabanes bioclimatiques, écogîtes fleurissent aux quatre coins du monde pour attirer les voyageurs inquiétés par leur empreinte carbone. Une nouvelle manière de voyager qui questionne : et si pour vraiment respecter l’environnement, il fallait rester chez soi ?

Un autre tourisme est possible

Responsable de 8% des émissions de gaz à effet de serre mondiaux*, le tourisme international souffre de sa mauvaise réputation. Nul ne peut aujourd’hui ignorer le coût environnemental d’un plongeon dans les eaux cristallines de l’océan Indien. En 2019, peut-on encore voyager comme avant ? Il faut, en tout cas, voyager autrement, insistent les acteurs de l’écotourisme. « Le respect de la nature et la préservation du patrimoine, tant culturel que naturel, sont les bases de cette nouvelle forme de voyage citoyen » assure-t-on chez Babel Voyages, un média associatif qui encourage à voyager de manière responsable. 

L’idée de l’écotourisme, ce n’est pas d’être parfait sur la question écologique, ni de ne plus jamais monter dans un avion, c’est d’essayer de faire au mieux.

Autre acteur essentiel du tourisme engagé, l'Association pour le Tourisme équitable et solidaire (ATES) a élaboré un label et une charte pour se prémunir de tout greenwashing. Au total, 57 critères ont été formulés : financement de projets locaux répondant à l'intérêt collectif, rémunération équitable et concertée pour chaque personne travaillant dans l'accueil des voyageurs, etc. « L’idée de l’écotourisme, ce n’est pas d’être parfait sur la question écologique, ni de ne plus jamais monter dans un avion, c’est d’essayer de faire au mieux, de ne pas entrer dans les schémas du tourisme de masse. Quand le voyage est bien fait, il peut être un vecteur de positivité sur de nombreux domaines : humains, économiques et pédagogiques » analyse Laetitia Santos, fondatrice de Babel Voyages. Privilégier les moyens de transports doux, prioriser les hébergements éco-conçus, préserver la nature, participer au développement économique de populations locales… Les intentions sont bonnes, mais stricto sensu, l’écotourisme ne garantit pas pour autant un impact neutre.

L'écotourisme ne se substitue pas au tourisme de masse

Pour Rodolphe Christin, sociologue et auteur de Manuel de l’antitourisme et de L'usure du monde. Critique de la déraison touristique, il faudrait davantage miser sur une « décroissance touristique », questionner notre hypermobilité et réapprendre à voyager. « Aller visiter le delta de l'Okavango en pirogue, dormir dans des écolodges où l’eau est recyclée et la nourriture produite localement, c’est très bien, sauf que pour y aller, les touristes vont prendre des avions dont on connait l’impact négatif en termes de pollution et d’émission de gaz à effet de serre. » Selon l’auteur, utiliser des technologies polluantes pour visiter des lieux préservés des pollutions est totalement contradictoire. D’autant que pour Rodolphe Christin, l’écotourisme ne se substitue pas au tourisme de masse.

« On ajoute tout simplement un segment touristique qui va concerner des gens qui vont vouloir avoir bonne conscience. Le tourisme vert n’a pas pour vocation de remplacer le tourisme de masse parce que si tout le monde le pratiquait en des nombres aussi importants, les lieux ne seraient pas protégés bien longtemps. »    

L’écotourisme est-il alors une fausse bonne idée ? Pas nécessairement, surtout s’il inclut des transports doux, s’engage à ralentir les aménagements d’espaces et nous réapprend, tout simplement, à voyager. 

  • On dévore le Manuel de l’antitourisme et L’usure du monde. Critique de la déraison touristique de Rodolphe Christin qui étayent l’idée que le tourisme essouffle notre planète. Deux ouvrages pour comprendre l’aspect consumériste et l’impact négatif du tourisme, et qui nous invitent à retrouver l’essence du voyage: préférer le chemin à la destination, et «disparaître» plutôt qu’apparaître partout.
  •  On prépare son prochain voyage avec Babel Voyages ou l'ATES pour découvrir des bons plans pour et partager ses expériences avec d'autres voyageurs.
  • On télécharge Fairtrip, une application dédiée au tourisme inclusif et durable qui répertorie de manière collaborative des lieux ayant un impact positif dans le monde.
  • Pour ceux qui aiment prendre de la hauteur, Mountain wildnerness nous invite à adopter un rapport à la montagne fondé sur le respect des hommes et de la nature.
Elsa Pereira

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