Prendre ou ne pas prendre l’avion, telle est la question ?

AVION & TOURISME
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Né en Suède en 2018, un mouvement écologique nommé le Flygskam invite les voyageurs à réduire leur recours au transport aérien, voire même à y renoncer totalement. À l’heure des Paris-Rennes en une heure, faut-il vraiment avoir honte de prendre l’avion ?

En juillet dernier, la militante écologiste Greta Thunberg annonçait qu’elle se rendrait en bateau aux États-Unis pour assister au sommet mondial sur le climat organisé par le secrétaire général de l'ONU. Lorsque l’on sait qu’un aller-retour Paris-New York brûle l’équivalent des besoins énergétiques annuels d’une personne, on ne peut qu’applaudir la décision de l’activiste. En réalité, la question que soulève Greta Thunberg rencontre de nombreux points de frustration : comment concilier sa conscience écologique avec son envie de dépaysement ? Et peut-on vraiment imaginer qu’il faille arrêter un jour de prendre l’avion ?

« À nous de vous faire préférer le train »

Pour certains, la question ne se pose plus. « Je ne mange pas de viande, je fais mon compost, je consomme les légumes des montagnes environnantes, je ne conduis pas, je limite mes achats de produits neufs. Bref, je n’allais pas tout gâcher en prenant l’avion » raconte Ugo, consultant en communication. Habitué à réaliser une dizaine d’allers-retours en avion par an pour son travail, le jeune homme a divisé la note par cinq et privilégie désormais et dès que possible les voyages itinérants, en train, à vélo ou en bus. Même son de cloche pour Mathilde, assistante politique à l’ambassade du Royaume-Uni à Paris. « Mon copain - qui fait des études sur la gouvernance climatique – me parlait souvent de tous ces chercheurs qui travaillent sur le changement climatique mais qui prennent l’avion plusieurs fois par an pour aller à des conférences à l’autre bout du monde. On s’est demandé si l’impact positif de leurs recherches n’était pas compensé négativement par leur empreinte carbone. Rapidement et pour des raisons également financières, on a décidé que tous les voyages qu’on ferait pour le moment seraient en Europe pour qu’on puisse prendre le train. »

« Je ne mange pas de viande, je fais mon compost, je consomme les légumes des montagnes environnantes, je ne conduis pas, je limite mes achats de produits neufs. Bref, je n’allais pas tout gâcher en prenant l’avion »

La tentation d’écourter le temps de trajet en empruntant un avion, et de préférence un low cost, reste prégnante, « flygskam » ou pas. Les chiffres du trafic aérien témoignent d’ailleurs d’une hausse constante d’avions dans le ciel. Si en juillet 2018, le record journalier avait été établi à 209 752 vols recensés, en juillet 2019, la journée avec le plus d'affluence caracole à 230 409 vols, soit plus de 13% en un an. « L’intention est louable mais il ne faut jamais oublier à quel point ce genre de réflexions fait déjà partie d’une classe sociale plus élevée : c’est super de prendre le train pour traverser toute l’Europe plutôt que l’avion mais il faut avoir le temps et l’argent pour le faire, les moyens économiques et culturels de se renseigner pour organiser un tel voyage. Donc, évidemment les expatriés et la couche sociale supérieure peuvent être des moteurs et donc c’est super qu’ils se lancent dans le « flygskam », mais si on n’entraîne pas à notre suite des compagnies ou des puissances économiques qui rendront le voyage en avion plus cher, ça ne pourra jamais devenir un mouvement de masse. » poursuit Mathilde.

 

« L'avion nuit gravement au climat »

Début juillet, lors du Conseil de défense écologique, la ministre des Transports et de la Transition écologique, Élisabeth Borne annonçait mettre en place dès 2020 une éco-contribution sur les vols au départ de la France permettant ainsi d’investir près de 180 000 millions d’euros pour des infrastructures de transports plus écologiques. Une décision immédiatement critiquée par les acteurs du secteur aérien qui considèrent cette nouvelle fiscalité punitive alors même que les vols internationaux ne se sont soumis ni au TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), ni à la TVA.

Greenwashing ou pas, Air France a publié quelques jours avant le Conseil ses engagements « pour limiter l’impact de ses activités ». Pour les aériens, on s’en doute, la question n’est pas tant de réduire le nombre de décollages, mais faire la promotion de carburants alternatifs durables et de moderniser la flotte afin de réduire les émissions de CO2 par passager. « Depuis début 2019, la flotte Transavia France est composée d’appareils de nouvelle génération, avec une moyenne d’âge de 7 ans pourvus de « blended winglets » qui permettent une économie annuelle de 400 tonnes de carburant par Boeing 737-800, soit 1 200 tonnes d’émissions de CO2 évitées par an et par avion » précise Air France dans son rapport.
Quant à Ryanair, elle a décidé en réponse au Flygskam de publier chaque mois ses émissions de CO2. La preuve, s’il en fallait, que les solutions existent ! Si « l'avion nuit gravement au climat », culpabiliser en s’envoyant en l’air n’est peut-être pas une fatalité.

  • On met un frein à sa bougeotte estivale en lisant l’Éloge de l’immobilité Jérôme Lèbre aux éditions Desclée De Brouwer.
  • On voyage par procuration avec le podcast de Daniel Fiévet sur France Inter.
  • On boude les compagnies aériennes low cost et on s’offre un pass Interrail pour voyager en train à travers l’Europe.

L’essentiel en trois points :

1/ Le transport aérien est l’un des modes de transport les plus polluants par kilomètre parcouru.

2/ En Suède, le mouvement écologiste nommé Flygskam (honte de prendre l’avion) appel à boycotter l’avion, moyen de transport trop polluant.

3/ D’après l’International Air Transport Association, le trafic aérien augmente de 6 % à 8 % chaque année.

Elsa Pereira

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